Une photo prise du Sacromonte, quartier de Granada le plus haut de la ville, qui permet, après une quinzaine de minutes de marche du centre ville (parce que ça monte dur) d'être dans la campagne, la forêt, la montagne.
J'essaierai de mettre régulièrement des photos par ici dans les semaines à venir, et d'y conter mes
aventures.
Je vous fais partager un texte de Michel Onfray, reçu dernièrement en mail.
« Que puis-je apprendre et découvrir à mon propos si je change de lieux habituels, de repères et modifie mes références ? Que reste-t-il de mon identité dès la suppression des attaches sociales, communautaires, tribales, quand je me retrouve seul, ou presque dans un environnement sinon hostile, du moins inconnu ? Les trajets des voyageurs coïncident toujours, en secret, avec des quêtes initiatiques qui mettent en jeu l’identité. Là encore le voyageur et le touriste se distinguent radicalement, s’opposent définitivement. L’un quête sans cesse et trouve parfois, l’autre ne cherche rien, et, par conséquent, n’obtient rien non plus. On ne guérit pas en faisant le tour du monde, au contraire, on exacerbe ses malaises, on creuse ses gouffres. Loin d’être une thérapie, le voyage définit une ontologie, un art de l’être, une poétique de soi. Partir pour se perdre augmente les risques, devenus considérables, de se retrouver face à soi, pire : face au plus redoutable en soi. On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s’aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement. A l’étranger, jamais on n’est un étranger pour soi, mais toujours le plus intime, le plus pressant, le plus accolé à son ombre. Face à soi, plus que jamais contraint à se voir, on plonge plus profondément vers son centre de gravité tant l’autre nous manque pour nous distraire de notre présence forcée. Hors du domicile, dans l’exercice périlleux du nomadisme, le premier voyageur rencontré, c’est soi. En permanence, à tous les coins de rue, dans chaque angle, aux carrefours et sur les places, dans la ville ou les déserts, à l’ombre ou à la lumière, sur toutes les pistes et dans tous les accidents du paysage, toujours et partout notre personnage quête l’ordre intime. A l’étranger, notre identité flotte, sans attaches, sans points de repères. Elle attend le rocher où elle troque son errance nomade contre un artifice qui permet les linéaments d’une sédentarité ébauchée. Ainsi peut-on se découvrir sans engagements sociaux, sans obligations politiques, au sens premier du terme, nu devant un être qui suscite l’exercice de la parole et du signe sans lendemain. Dans tous les cas, une dynamique travaille vivement l’âme et lui interdit le repos. »
Michel Onfray
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